Historique

À la fin des années 40 en Californie, Harry Chamberlin conçoit le premier instrument de musique avec des sons enregistrés sur bandes magnétiques. Avec ses boucles de motifs rythmiques, c’est l’ancêtre des boîtes à rythmes et du sampler.
Reprenant ce principe de lecture de bandes, il développera plusieurs modèles équipés alors d’un clavier permettant de jouer divers instruments de musique : flûte, violons, vibraphone…
Le modèle 600 Music Master, commercialisé à partir de 1962 est particulièrement intéressant dans l’histoire du Mellotron. C’est en effet le premier modèle à disposer de deux claviers de 35 notes. Le clavier de droite est utilisé pour les sons d’instruments, le clavier de gauche pour les accompagnements (Bossa Nova, Cha Cha Cha… ). C’est l’incarnation de ce qui va devenir, quelques années plus tard, le premier Mellotron.

Afin de développer la commercialisation de ses instruments, Harry Chamberlin recrute un certain Bill Fransen.
Les instruments sont fabriqués à petite échelle, de façon quasi artisanale, Chamberlin voulant conserver un contrôle absolu sur la production.
Avec des ambitions de ventes plus importantes et certainement plus fructueuses, Bill Fransen s’envole pour l’Angleterre en 1962 avec deux Chamberlin 600 Music Master à l’insu d’Harry Chamberlin.
La publication d’une annonce dans un journal, pour la fabrication de 70 têtes magnétiques intriguent les frères Bradley (Frank, Norman et Leslie) qui dirigent Bradmatic Ltd, une entreprise située à Birmingham dont l’activité depuis les années 30 est la production de divers mécanismes semi-professionnels, des amplificateurs et des têtes de lecture.
Après avoir honoré la commande de ces 70 têtes magnétiques, Fransen dévoilent les deux Chamberlin aux frères Bradley, tout en leur proposant d’améliorer la conception de l’instrument afin de le produire en grande quantité. Ils acceptent immédiatement, sans se douter qu’ils « volaient » l’idée d’Harry Chamberlin.

Mark I 1963

Le Mellotron Mark I est commercialisé à la fin de l’année 1963.
Le nom Mellotron, proposé par Bill Fransen, est la contraction des mots MELOdy et ElecTRONics.
Reprenant le concept du Chamberlin 600 Music Master, plusieurs améliorations sont apportées afin de produire en série un instrument plus fiable.
Le Mark I dispose de deux claviers de 35 notes côte-à-côte : le clavier de gauche pour des accompagnements harmoniques et rythmiques parmi des genres musicaux différents, le clavier de droite pour les instruments solo.
Ce modèle est un instrument de salon, destiné à une clientèle fortunée, permettant de se créer un petit orchestre personnel à domicile.

Afin de financer sa fabrication, une annonce est diffusée dans un journal local afin de rassembler des fonds. Le chef d’orchestre Eric Robinson, le magicien David Nixon ainsi que d’autres personnalités du monde du spectacle anglais se joignent à l’aventure.
Eric Robinson crée Mellotronics Ltd, une agence commerciale située à Londres, et supervise les enregistrements des divers instruments réalisés aux studios IBC (International Broadcasting Company), dont il est le propriétaire avec George Clouston.

Deux machines EMI sont utilisées pour couper les bandes au format 3/8″ spécifique au Mellotron, l’une à Mellotronics, l’autre à Streetly Electronics.
Malgré les améliorations apportées à la conception du Chamberlin 600 Music Master, ce premier modèle demeure une machine perfectible.

Mark II 1964

La conception du Mark I est repensée pour aboutir l’année suivante au Mark II. La majorité des Mark I seront alors modifiés en Mark II.

Mike Pinder travaille à Bradmatic Ltd pendant 18 mois au contrôle qualité. Peu après, il fait l’acquisition d’un Mark II qui deviendra la pierre angulaire du groupe qu’il vient tout juste de fonder : The Moody Blues. Love and Beauty parait en 1967 et devient le premier tube du groupe avec le Mellotron.
Avec son expérience acquise à Bradmatic Ltd, Mike Pinder apporte quelques améliorations techniques à son instrument. Il remplace également les sons d’accompagnement du clavier de gauche par des sons d’instruments à l’instar du clavier de droite, lui permettant de disposer d’un total de 36 instruments.

Les Beatles découvrent le Mellotron la première fois lors d’une visite des studios IBC à Londres le 9 août 1965. Totalement enthousiasmé, John Lennon commande un Mark II qui lui sera livré le 16 août 1965.
Le morceau le plus célèbre des Beatles sur lequel figure le Mellotron est sans aucun doute Strawberry Fields for Ever (1967) avec son introduction à la flûte.

Geoff Unwin, démonstrateur officiel de Mellotronics, sillonne l’Europe ainsi que l’Afrique du Sud afin de présenter l’instrument. Il en fait également une démonstration dans le magasin Harrods où le Mark II est commercialisé.
Peter Sellers l’invite à présenter l’instrument chez lui lors d’une fête où est invitée la princesse Margaret. Séduite par le Mellotron, Mellotronics lui livre une version spéciale, noire et or. Cet exemplaire sera finalement retourné quelques mois plus tard. Six Mark II seront produits dans cette fintion. Parmi les propriétaires de cette version rare : John Lennon, Graham Nash (The Hollies, Crosby, Stills & Nash), Richard Wright (Pink Floyd), Jon Lord (Deep Purple).

En 1965, Graham Bond Organization est le premier groupe à enregistrer un single, Lease on Love, et un album, There’s a Bond Between Us, avec un Mellotron.
Un des tout premiers tubes contenant du Mellotron est certainement Semi-Detached, Suburban Mr. James de Manfred Mann, en 1966.

Les nouvelles possibilités qu’offrent le Mellotron séduiront de plus en plus de groupes : The Rolling Stones, The Kinks, Pink Floyd, King Crimson…
Le Mellotron est alors le premier instrument totalement polyphonique qui permet de reproduire assez fidèlement les cordes, les cuivres, la flûte, le vibraphone… Les autres claviers disponibles à cette époque sont les orgues électriques (Hammond, Vox, Farfisa… ), les pianos acoustiques et électriques (Rhodes, Wurlitzer… ) et les tout premiers synthétiseurs monophoniques (Moog, ARP… ).

Le succès grandissant du Mellotron interpelle Harry Chamberlin, qui décide de se rendre en Grande-Bretagne pour une visite à Bradmatic Ltd en 1965.
Un arrangement financier sera convenu avec les frères Bradley leur permettant de continuer à fabriquer le Mellotron et d’utiliser le fameux son de cordes (3 Violins), seul son commun au Mellotron et au Chamberlin.

FX Console 1965

À la demande de la BBC, Streetly Electronics développe un nouveau modèle, le Sound Effects Console ou FX Console, un Mark II dont les caractéristiques techniques sont adaptées aux spécifications de la BBC.
Les enregistrements comprennent 1260 bruitages divers afin de sonoriser des émissions de radio et de télévision.

M300 1968

Avec un seul clavier de 52 notes et la suppression de la partie amplification, le M300 est une version réduite du Mark II, mais reste encore un instrument imposant et difficile à transporter. Il bénéfice de nouveaux enregistrements de meilleure qualité pour ses bandes. Mais une mauvaise conception du défilement des bandes provoque de nombreux problèmes qui ternit quelque peu l’image de ce modèle.
Seuls 52 exemplaires seront produits.

Bradmatic Ltd change plusieurs fois de nom pour devenir successivement Bradmatic Productions, Mellotronics Manufacturing, Aldridge Electronics puis enfin Streetly Electronics Ltd. Avec le succès grandissant du Mellotron, Streetly commercialise progressivement le Mellotron directement. Mellotronics délègue la commercialisation à Dallas Arbiter.

M400 1970

Le M400 est le premier Mellotron dont le transport est relativement aisé.
Son mécanisme, grandement simplifié par rapport aux modèles précédents, permet l’utilisation de racks interchangeables de bandes. Chaque bande disposant de 3 pistes, un rack est une banque de 3 sons. Il est possible de commander des racks supplémentaires avec d’autres sons. De nombreux nouveaux enregistrements seront réalisés pour le M400, dont les célèbres choeurs (8 Choir).
Le M400 est le plus grand succès commercial de Streetly Electronics.

À partir de la fin des années 60, le Mellotron est de plus en plus utilisé, notamment avec l’avènement d’un nouveau courant musical : le rock progressif. Le Mellotron est très présent chez les plus célèbres représentants de ce genre comme Genesis, Yes, et King Crimson. Ses possibilités polyphoniques et la couleur mélancolique, envoûtante, voire dramatique de ses sonorités se prêtent particulièrement bien à ce style musical.

Fort de ce succès, le Mellotron est distribué aux États-Unis à partir de 1972 par Dallas Arbiter (qui deviendra Dallas Music Industries) jusqu’en 1976.

Mark V 1975

Le Mark V est l’équivalent de deux M400 dans une même cabine, avec l’adjonction d’une réverbération à ressorts.

En 1976, Mellotronics transfert les droits de distribution du Mellotron à Sound Sales Inc pour les Etats-Unis, qui acquiert le nom déposé Mellotron lors de la faillite de Dallas Music Industries ; faillite qui entraînera la fermeture de Mellotronics à Londres.
Paradoxe de la situation, en Grande-Bretagne, les instruments fabriqués par Streetly Electronics ne pourront plus s’appeler Mellotron mais seront désormais fabriqués sous le nom de Novatron.

4 Track 1981

Le 4 Track est le premier Mellotron américain, fabriqué par Sound Sales Inc. Reprenant le concept du M400, le 4 Track permet de lire 4 pistes sur des bandes au format 1/4″ et dispose pour chaque piste d’une égalisation, d’un volume et un panoramique. Ce modèle sera desservit par une mauvaise qualité d’enregistrement des bandes et seuls cinq exemplaires seront fabriqués.

Harry Chamberlin décède en 1986.

Au début des années 80, les premiers échantillonneurs arrivent sur le marché : le Fairlight CMI, l’Emulator I, le Mirage Ensoniq… Bien qu’étant une réelle innovation technique, ces machines souffrent encore d’une mauvaise fidélité sonore avec une capacité d’enregistrement de quelques secondes. Mais avec les rapides avancées technologiques, des machines plus performantes et de moins en moins onéreuses (Akai, Roland… ) rendent totalement obsolète le Mellotron.
Streetly Electronics cesse définitivement son activité en 1986.

En 1990, David Kean acquiert le stock de pièces et de bandes de Mellotronics, ainsi que le nom Mellotron. Il fonde Mellotron Archives aux États-Unis afin d’apporter un support aux passionnés de Mellotron.
Mellotron Archives est aujourd’hui situé au Canada.

Quelques années plus tard, John Bradley, le fils de Leslie Bradley, fonde avec son ami Martin Smith, dans la banlieue de Birmingham, Mellotron Archives UK qui deviendra Streetly Electronics en hommage à la première usine de Mellotron. John et Martin proposent la rénovation, l’entretien et la vente de pièces et de bandes pour tous les modèles de Mellotron.

Leslie Bradley, le concepteur du Mellotron meurt le 15 janvier 1997.

Mark VI 1998

Le Mark VI est le premier Mellotron conçu par Markus Resch, collaborateur suédois de David Kean.
Basé sur le concept du M400, ce modèle apporte quelques nouveautés comme un préampli à lampes, une cabine en bois plus légère et deux réglages de vitesse du moteur.
Une déclinaison à double claviers, inspiré du Mellotron Mark V, est aussi proposée sous le nom de Mark VII.
À partir de 2010, plusieurs versions numériques du Mellotron sont disponibles : le M4000D, le M4000D Mini et le M4000D Rack.

M4000 2007

En Grande-Bretagne, vingt ans après l’arrêt de fabrication du Mellotron, Streetly Electronics commercialise le M4000.
Après bientôt quarante années, le M4000 est le premier instrument équipé d’un mécanisme multi-banques hérité des Mellotron Mark I, Mark II, SFX et M300, abandonné en 1970 avec la sortie du M400.
Une version double clavier est aussi disponible sous le nom de M5000.